Quelques clés pour s’initier à l’analyse du risque politique

par Adib Bencherif*

L’analyse du risque politique est une branche de la science politique qui a pour objectif d’anticiper ou de prévenir les risques à venir pour les intérêts d’un client, qu’il soit dans le secteur public ou privé. Pour les institutions financières, les entreprises et le secteur public, le risque politique est souvent considéré, dans ce que l’on appelle le « risque-pays » ou comme une des dimensions de risques globaux et transversaux, à l’instar des variations du cours du pétrole, des cyber-menaces, des risques d’épidémies etc… Le risque politique est donc, ironiquement, souvent intégré dans des grilles de lecture s’inspirant de disciplines telles que les sciences de la gestion, l’économie, ou encore la finance. Ces disciplines cherchent souvent à appréhender le risque politique à travers des modèles très formels et à le systématiser sous la forme de base de données et d’indicateurs, sans avoir le recul nécessaire vis-vis des différents contextes politiques locaux, nationaux, régionaux et mondiaux.

 

L’analyse du risque politique mérite pourtant d’être considérée comme une discipline à part entière, ou tout du moins comme un sous-champ de la science politique. Un analyste du risque politique doit en effet avoir acquis un bagage conceptuel, théorique et empirique en science politique et des qualités réflexives pour questionner en permanence ses hypothèses et intuitions. Sans cela, le jugement de l’analyste sera cloisonné dans les systématismes des autres disciplines vis-à-vis de leur appréhension du politique. Les conséquences en seront des erreurs d’interprétation ou encore la marginalisation d’évènements dans l’analyse du risque politique, à l’image du Brexit ou de la victoire aux élections présidentielles américaines de Donald Trump. Les analystes avaient, notamment, mésestimé les imaginaires et les émotions des populations, en partant du postulat que l’électeur était un acteur rationnel qui épousait une vision du monde similaire à la leur. Cependant, une culture générale dans les autres disciplines, à l’instar de l’économie, la finance, les sciences de la gestion et le droit, s’avère être une nécessité dans l’analyse du risque politique. Le politique n’est en effet jamais déconnecté des autres dimensions.

 

Les phénomènes politiques que couvrent l’analyse du risque politique sont nombreux. Parmi eux, l’on retrouve différentes catégories de risque qui peuvent concerner le client. Ci-contre quelques exemples : les risques d’instabilité des régimes (démocratiques, autoritaires ou encore « hybrides »), les risques associés aux conséquences de jeux électoraux, les risques de nationalisation de compagnies étrangères, les mouvements protestataires plus ou moins latents, ou encore les risques de changement de politiques publiques, les risques accompagnant un haut niveau de corruption au sein de l’administration, les risques d’attentats terroristes et d’actes relevant de la criminalité organisée.

 

Par ailleurs, un des grands enjeux qui structurent le milieu des analystes du risque politique est la capacité à dégager des tendances dans les cas étudiés et à isoler d’éventuels éléments de rupture pour éviter le scénario catastrophe. Cela sous-entend une causalité linéaire, ou tout du moins, une causalité mécanique cherchant à gérer, à cloisonner et à définir l’incertitude. L’ouvrage de Ian Bremmer and Preston Keat, « The Fat Tail: The Power of Political Knowledge for Strategic Investing », illustre bien ce regard toujours dominant en matière d’analyse du risque politique. Certains analystes se reconnaissent toutefois davantage dans une logique bayésienne, qui est une démarche qui s’accommode en quelque sorte de l’incertitude. Enfin, d’autres considèrent que leurs capacités à se projeter dans leur futur résident dans leurs intuitions et qu’ils « devinent » finalement, à travers peu d’éléments, les évènements et scénarios à venir.

 

Pour les curieux désireux d’explorer les outils de l’analyse du risque politique, plusieurs formations sont disponibles dans le monde francophone. Je serai d’ailleurs un des conférenciers invités au cours de l’École d’été « Analyse de risque et géopolitique » du Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM) de l’Université de Montréal (Udem) qui se tiendra du 12 au 17 juin 2017 à Montréal et j’animerai un séminaire sur « l’analyse du risque politique » qui se tiendra du 17 au 19 juillet 2017, au cours de l’École d’Été de l’ILERI, à Paris. Pour une mise en bouche, il est aussi possible de (re-)voir en ligne ma présentation « Analyse du risque politique : Outils, méthodes et limites », disponible sur la chaine YouTube de l’ILERI, et de parcourir un de mes derniers articles scientifiques disponibles en accès libre : « L’Analyse du Risque Géopolitique: du Plausible au Probable ».

 

* Adib Bencherif est doctorant à l’École d’Études politiques de l’Université d’Ottawa, diplômé de l’ILERI et titulaire d’une maitrise en relations internationales des HEI de l’Université Laval. Il est en parallèle consultant et formateur en analyste du risque politique. Affilié à plusieurs centres de recherche en relations internationales, il est, notamment, chercheur associé au Centre FrancoPaix et à l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQÀM et membre du Centre interdisciplinaire de recherche sur l’Afrique et le Moyen-Orient de l’Université Laval (CIRAM). Il a aussi été analyste en risque géopolitique à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

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