Enjeux géopolitiques du canal de Panama

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Symboles de la maîtrise en ingénierie de l’Occident au XIXe siècle, les canaux de Suez et de Panama sont devenus des voies incontournables du commerce international. Le canal de Panama coupe l’isthme éponyme, et permet ainsi de relier les océans Pacifique et Atlantique. Du fait de son importance commerciale, il est rapidement devenu un enjeu géostratégique majeur, sur les plans tant politique et économique que militaire.

 

Une ambition française

Après son succès à Suez, Ferdinand de Lesseps projette de percer l’isthme de Panama afin de faciliter le commerce entre Asie et Occident. En effet, la navigation entre ces différentes régions était longue et risquée, les navires devant passer par le cap Horn. La proposition de Ferdinand de Lesseps est approuvée par le gouvernement français et les travaux débutent dès 1882. Cependant, l’isthme de Panama, montagneux, rend difficile le perçage du canal. Ces  complications entraînent l’explosion des coûts du projet, qui découle sur un scandale politique (1) causant l’abandon des travaux. Ce sont les États-Unis qui reprennent le projet et achèvent la construction du canal en 1913. Il mesure 80 kilomètres de long, et est ouvert à la navigation en 1914. Par ailleurs, les États-Unis ont signé en 1903 le traité de Hay-Bunau-Varilla qui leur confère le contrôle et l’exploitation du canal, et fait du Panama un protectorat des États- Unis. En 1999, le canal est rétrocédé à la République du Panama.

Le poids économique du canal

Le canal doit accueillir des navires plus nombreux et imposants. Des travaux d’élargissement sont mis en oeuvre en 2007 et devraient être achevés en 2016. D’un coût estimé à cinq milliards de dollars, ils vont doubler la largeur et la profondeur du canal, autorisant ainsi l’accès à des navires plus imposants (dits « post-Panamax », « Panamax » désignant les navires ayant la taille maximale pour traverser le canal) : porte-avions, supertankers, etc.
Ces bateaux représentent 25 % du commerce maritime mondial. Aujourd’hui, 5 % du commerce maritime mondial transitent par cette voie d’eau, rapportant un milliard de dollars par an à l’État, et 15 % de ses recettes. L’extension du canal rapportera dès 2020 quatre milliards par an au Panama. Le canal est capital pour de nombreux pays : ainsi le quart des exportations et importations chinoises transite par Panama.

Une zone d’influence états-unienne

Les États-Unis étaient conscients de l’intérêt économique et militaire (ils contrôlaient les Philippines, Cuba et Porto Rico) que leur offrait la construction du canal. C’est pour cette raison qu’ils souhaitent reprendre son développement en 1901. Cependant, il leur faut l’accord de la Colombie (Panama étant alors une région colombienne), mais elle s’y oppose. Les États-Unis soutiennent les mouvements indépendantistes panaméens et aboutissent à la création de l’État du Panama, le plaçant sous leur protection et obtenant le contrôle et les droits d’exploitation du canal. Le canal devient un élément clé de l’influence américaine lors des interventions en Amérique du Sud pendant la Guerre froide. Washington intervient en 1989 pour renverser le régime militaire panaméen dirigé par le général Noriega (2).
L’organisation annuelle depuis 2002 par Washington de Panamax, un exercice militaire international simulant la défense du canal, témoigne de l’intérêt des États-Unis pour la région.

Perspectives d’avenir

Le gouvernement panaméen doit faire face à deux principaux enjeux :

– Les problèmes environnementaux. Les opérations d’agrandissement du  canal et de déforestation ont entraîné une pollution des eaux se déversant dans les lacs alimentant les villes de Panama et de Colon. De plus, il existe un risque d’augmentation de la salinité des lacs, ce qui porterait préjudice à la faune et à la flore. Les associations de défense de l’environnement craignent les risques de pollution liés aux navires. Enfin, reste le problème de la consommation d’eau douce par le canal : alors que Panama subit une diminution des précipitations, le canal consomme, pour un navire, 197 millions de litres d’eau douce. Le projet d’élargissement permettra de diminuer cette consommation, mais le risque de pénurie d’eau douce sera toujours présent.
– Le risque de concurrence. Le monopole du Panama fait des envieux : différents projets de construction de canaux maritimes ou secs (voie terrestre) ont vu le jour chez des États rivaux. Le projet du Nicaragua semble le plus réalisable, mais les financements manquent.

1 Les journaux révèlent que les coûts de la construction du canal ont explosé, et que des hommes politiques ont été corrompus afin qu’une aide plus importante de l’État soit accordée.
2 Opération Just Cause.

Alexandre CHEVALIER

Etudiant de 3ème année à l’ILERI
Stagiaire au CESA pendant l’été 2014

Article paru dans la revue Les carnets du temps (CESA) en avril 2015, sous la haute direction de monsieur Jean-Marc Albert, professeur d’histoire de première supérieure

 

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